Brandon Labelle - Background Noise: Perspectives on Sound Art New York, Continuum, 2006, 316 p.Paris, Dis Voir,1992, 158 p.

par Rahma Khazam

Le son est devenu aujourd’hui un élément important dans l’élaboration de sculptures ou d’installations contemporaines. Pourtant il existe peu d’études pour rendre compte de la genèse et du développement de cette pratique, qui relève à la fois du temps et de l’espace. Les critiques venant du monde de la musique s’intéressent davantage à l’étude des nouvelles pratiques musicales qu’aux installations sonores.
Les ouvrages abordant les arts plastiques, eux, les évoquent de façon sommaire, comme les chapitres rédigés par Eric de Visscher dans L’art du 20ème siècle 1939-20021. Ou bien ils omettent d’explorer les fondements théoriques de cet art, comme dans Musique et arts plastiques2 de Jean-Yves Bosseur. Le mérite de Background Noise est justement de considérer ces oeuvres sonores comme un genre en soi,
susceptible d’être étudié et théorisé comme tout autre champ artistique. Cependant l’auteur s’intéresse surtout aux installations centrées autour du son, accordant peu de place à celles qui mettent aussi en avant des éléments visuels, ce qui lui aurait permis de donner une vision plus complète des pratiques actuelles.

L’objectif de cet ouvrage sous-titré Perspectives on Sound Art est d’examiner l’art sonore à la lumière des rapports entre le son et l’espace. Pour LaBelle, cet art prend ses origines chez John Cage, qui a souligné la valeur esthétique du son et du bruit. Son étude examine les courants artistiques qui ont ouvert la voie à l’art sonore: les happenings et le mouvement Fluxus, qui ont décloisonné les genres artistiques, ainsi que l’art minimal, qui a développé un nouveau rapport avec l’espace. LaBelle cite aussi l’art conceptuel et la dématérialisation de l’objet d’art et mentionne les performances de Vito Acconci. Celui-ci a exploité les qualités relationnelles et sociales du son.


Cependant, l’auteur omet de mentionner les Futuristes, qui ont réalisé de la musique à partir de bruits, évoqué la notion du temps dans leurs toiles par la représentation du mouvement et dessiné des concepts de sculptures émettant des sons3. LaBelle passe également sous silence l’intérêt de Dada pour les arts temporels et pour la mixité des genres. Pourtant des protagonistes du mouvement ont interprété des poésies sur un accompagnement musical bruitiste au Cabaret Voltaire en 19164.

Les autres chapitres étudient de manière fine et détaillée les oeuvres d’artistes sonores contemporains comme Bill Fontana, Atau Tanaka ou Achim Wollsheid. Essentiellement immatérielles, celles-ci abordent l’acoustique, la création d’environnements sonores ou le rapport du son à l’architecture et à l’environnement. Y figurent aussi des projets sonores interactifs en réseau, qui développent un nouveau rapport avec l’espace puisque ne sollicitant plus la perception, mais des comportements de jeu interactif virtuel. Cependant, LaBelle ne consacre que peu de place à des oeuvres comme celles de Paul Panhuysen ou Carsten Nicolai, qui constrastent ou mettent en parallèle le son et des éléments visuels, que ce soit des objets, des images ou de la lumière. Ces installations dans lesquelles des informations visuelles et sonores se répondent et s’entrelacent, se repoussent ou se contredisent, transforment eux aussi notre perception de l’espace environnant. Par ailleurs, LaBelle décrit le son comme une surface glissante offrant une échappatoire à la modernité5 . Le son serait donc postmoderne, mais qu’en est-il alors des oeuvres sonores épurées de Ryoji Ikeda ou de Carsten Nicolai, qui sont réduites à leur plus simple expression? Selon le théoricien Christoph Cox, de telles oeuvres s’inscrivent plutôt dans une sensibilité néomoderniste6. Toutefois, malgré ces quelques omissions, Background Noise constitue une tentative sérieuse et conséquente de cerner l’art sonore, même si la surface glissante de cet art se prête mal à l’analyse. Vouloir associer un art de l’espace à un art du temps relève en effet d’un défi.


1- Daniel Soutif (dir.), L’Art du 20ème siècle 1939-2002, Citadelles & Mazenod, Paris, 2005.
2- Jean-Yves Bosseur, Musique et arts plastiques, Minerve, s.l., 2006.
3 - Voir Sons & Lumières, cat. MNAM Centre Pompidou, Paris, 2004, p. 263.
4 - François Nemer, dans Dada et la Musique, CD, Centre Pompidou, 2005.
5 - Brandon LaBelle, Background Noise: Perspectives on Sound Art, Continuum , New York et
Londres, 2006, p. xv.
6- Christoph Cox, “Return to Form”, ArtForum, novembre 2003.




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